Concevoir le commerce équitable et la solidarité internationale comme une alternative sans remettre en question notre niveau de vie et de consommation serait un engagement inutile voire hypocrite.
"Elle est à l'horizon.
Je me rapproche de deux pas ; elle s'en éloigne de dix.
Pour autant que j'avance je ne la rejoindrai jamais.
Mais alors, à quoi sert l'utopie ?
Elle sert à çà : Avancer." (Eduardo Galeano)
Le commerce équitable est une utopie qui s'intègre à un processus global visant à construire
des alternatives à la situation actuelle de la planète pour avancer vers un développement qui
soit durable et harmonieux.
Depuis les années 70, l'humanité consomme plus de ressources
naturelles que n'en produit la Terre, en puisant dans les ressources non renouvelables (pétrole,
charbon, gaz, uranium, métaux,etc...)
Actuellement, nous utilisons plus de 130 % des capacités
biologiques de notre planète. Or cette utilisation excessive des ressources naturelles est répartie
de manière particulièrement inéquitable entre les régions du monde : l'empreinte écologique d'un américain
est de 10 ha, celle d'un breton de 5,5 ha, alors que celle d'un burkinabé est de 0,7 ha en moyenne.
L'empreinte écologique maximum (total des ressources renouvelables de la Terre divisé par le nombre d'habitants)
étant de 1,8 ha par personne, si tous les êtres humains consommaient autant que des bretons, il faudrait 2
Terres supplémentaires !
En se basant sur ces chiffres montrant l'utilisation excessive des ressources en considération du nombre d'habitants, il apparaît évident qu'une des premières choses à faire pour permettre aux pays du Sud d'améliorer leurs conditions de vie est de diminuer très nettement notre consommation et d'accepter de revoir notre "confort" occidental à la baisse. Sans cela, prétendre agir d'une manière ou d'une autre pour la solidarité avec les pays du Sud serait soit naïf ou pire complètement hypocrite.
Pour pouvoir agir de façon simple sur cette surconsommation et sur les conséquences de celle-ci, il faut savoir que les principales causes de cette forte empreinte écologique sont l'alimentation et les transports. De ces constats peuvent s'ajouter deux exemples permettant de mettre en avant des mesures simples pour modifier ces comportements :
Réduire fortement la consommation de produits hors-saison et de produits exotiques dans notre alimentation.
Diminuer la consommation de produits animaux : Pour la même valeur énergétique apportée au corps, il est nécessaire de mettre en œuvre 7 fois plus de moyens que pour des végétaux...
Le commerce équitable peut être remis en question quand il se place dans une logique de cultures d'exportation, au détriment des cultures vivrières du pays exportateur. On exhorte aujourd'hui les pays du Sud à s'ouvrir au marché international et à préférer la rentrée de devises au détriment de leur autonomie alimentaire et de l'environnement.
Ingalañ cherche à faire prendre conscience au consommateur que l'achat hebdomadaire d'un paquet de "café équitable" en vue de soutenir un petit producteur du Brésil ne résout pas le problème plus global des paysans. L'ensemble des achats annexes qui eux sont issus d'une agriculture productiviste, responsable de la disparition des paysans au Nord comme au Sud et qui produisent à bas prix notamment grâce aux subventions (80% des subventions vont à 20 % des agriculteurs).
Arrêtons de tuer les paysans avant de les aider à survivre.
Pour être donc cohérent dans ses choix de consommation, nous devons aussi juger le produit selon d'autres critères comme le coût social et environnemental et pas seulement le prix du produit.
Une exploitation agricole conventionnelle est consommatrice d'énergie, alors qu'une exploitation en agriculture biologique est productrice d'énergie. (Efficacité énergétique respective de 0,85 et 1,25).
Pratiquer un commerce plus équitable tout en consommant moins est possible, par exemple en achetant à un producteur local ayant des pratiques non-polluantes (au marché, chez lui, avec un groupement de consommateurs, etc…) plutôt qu'en grande surface.
Commerce équitable et décroissance deviennent synonymes dès lors que nous ne consommons pas de produits inéquitables. Le boycott des produits fabriqués dans des conditions proches de l'esclavage ou/et très nocives pour l'environnement, est un outil important pour les citoyens qui veulent décider 1/ de l'évolution du monde dans lequel ils vivent. 2/ de ne pas cautionner ces pratiques sociales et environnementales.
Commerce équitable et décroissance sont donc liés et indissociables dès lors qu' il s'agit d'une démarche globale, en cherchant des relations plus justes entre les citoyens du monde, qu'ils soient voisins ou séparés par un hémisphère.
Pour en savoir plus :
Conférence "Commerce équitable et décroissance" le 7 mai 2005 à Rennes, pendant "B comme REIZH", avec Jean Aubin, Michel Besson et Pascal Hervé. A écouter sur www.ingalan.org.
"Croissance : l'impossible nécéssaire" de Jean Aubin, aux éditions Planète Bleue.
"Objectif Décroissance" de Serge Latouche, Pierre Rabhi, François Schneider, etc… Coédition S!lence / Parengon
"Les coulisses de la grande distribution" de Christian JACQUIAU
