
Pour celles et ceux qui s’intéressent aux débats houleux sévissant parmi les acteurs du commerce équitable ou simplement pour celles et ceux ayant pris connaissance
de notre charte, l’information ne sera pas un scoop :
Ingalañ est radicalement opposée à la présence du commerce équitable en grande surface. Pourtant, à l’heure où
celles-ci ont autorisation d’utiliser leur artillerie budgétaire via des spots télé, il nous semble nécessaire d’en remettre une couche en précisant notre pensée avec nos
petits moyens. Feu.
Vous ne changerez pas le Monde en poussant votre caddie.
Nos arguments sont sommes toutes basics. Nous présentons la démarche du commerce équitable par deux principes fondamentaux :
Premièrement, le soutien et le respect des producteurs et productrices, d’où qu’ils soient, en leur promettant des revenus qui leur permettent tout simplement de vivre (pourquoi faire compliqué ?), ce de manière durable afin qu’ils et elles puissent se « développer » par leur travail dans le sens qu’eux même auront choisi. C’est le fameux « Trade not aid ».
Ensuite, en second principe, vient l’incitation du consommateur à une consommation réfléchie, responsable, citoyenne, les qualificatifs ne manquent pas, pour leur permettre enfin d’éclore et devenir des consom’acteurs et consom’actrices. Voici venu le temps de la masse silencieuse s’apprêtant, par l’acte d’achat, à transformer le libéralisme méchant en capitalisme gentil.
Comparons maintenant ces principes aux pratiques de la grande distribution.
Le respect des producteurs est loin d’être la principale préoccupation des grandes centrales.
Au contraire, maltraiter amicalement le fournisseur est un métier. On ne tire pas n’importe comment sur les prix. Cela s’apprend et les meilleures écoles en la matière sont sans aucun doute celles des centrales des supers, hypers, et mégas temples de la consommation.
Quant à l’incitation des consommateurs, pour les grands distributeurs inciter le client ou la cliente à remplir son caddie au plus haut et de manière la moins réfléchie possible est plus qu’un art, c’est une science.
Le commerce équitable au pays des neurones.

Depuis belle lurette, des économistes et des psychologues partagent les mêmes salons.
L’économie comportementale y est un thème central de leurs préoccupations communes.
Et ils remettent en cause de nombreuses hypothèses de la théorie économique avec l’appui méthodologique de l’économie expérimentale, qui simule des situations
hypothétiques dans un environnement contrôlé, et de la neuro-économie, qui mesure le fonctionnement du cerveau pendant l’expérience par des techniques d’imagerie
cérébrale.
Qu’est ce qu’un environnement contrôlé ? C’est par exemple, un endroit où l’on fait très attention à l’emplacement des produits, à la hauteur et la disposition des rayons,
à la luminosité, à la musique ambiante. Saupoudrez là dessus un peu d’imagerie cérébrale que vous trouverez lors de moments de détente cathodique et de disponibilité
cérébrale annoncés par des jingels plein de bonnes humeurs (à une époque, une pomme se transforme en fleur en faisant aaaaah bup bup bup bup), et le cocktail est prêt.
Allez, on se bouche le nez et on avale.
Les neuro-économistes, le terme existe, ont aujourd’hui le plaisir de vous annoncer que les zones du cerveau réagissant à la stimulation sont enfin localisées.
Chère consommatrice, cher consommateur, les résultats sont formels : vos actes d’achat sont plus une affaire émotionnelle qu’un choix rationnel.
Or, dans le domaine de l’émotion, la compassion, l’attendrissement, la pitié, l’impulsion charitable mais aussi la culpabilité semblent des plus simples à stimuler.
Des photos bien choisies, de préférence celles de « petits producteurs » travaillant avec le sourire, un slogan bien trouvé, un logo bien repéré, je te mets ça en tête
de gondole et hop, un paquet de café au-dessus du caddie bien rempli.
Tout va bien, consommez tranquille.
Pour un changement radical de société.
Le constat est flagrant. Aujourd’hui la récupération de la démarche du commerce équitable est effective, 80 % des produits alimentaires reconnus comme équitable
sont vendus via les grands distributeurs, Nestlé, Unilever ont leurs produits estampillés FLO (Fair Trade Labelling Organisation). Nombreux sont les acteurs et actrices
du commerce équitable parlant d’en abandonner le terme. En ce qui nous concerne, notre choix est de défendre nos positions sans chercher une autre terminologie, en
affirmant que notre démarche est militante et en réaction au capitalisme, au libéralisme, à l’impérialisme dominant.
Il est vrai que l’adjectif « équitable » est prétentieux au regard de la réalité des filières, l’équité dans les échanges commerciaux Nord/Sud reste une utopie,
un objectif loin d’être atteint. C’est pour nous avant tout une entrée concrète en matière pour aborder la problématique d’un ordre mondial basé sur la domination
et l’exploitation, qu’il s’agisse d’individus sur d’autres, d’une classe sociale sur une autre, de peuples par des états ou de la nature par l’humanité.
Notre engagement s’inscrit donc dans la revendication d’un changement en profondeur de notre société et ne peut s’embarrasser de compromis avec des multinationales
et autre tenants d’un système que nous combattons.