Commerce équitable local et International.
Luttes et alternatives sociales et écologiques
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Retour sur les 3 projections du documentaire "La Voix du Vent, semences de transition".

mardi 14 mai 2013, par Ingalañ

Le documentaire "La voix du Vent" de Carlos Pons et de Jean-Luc Daneyrolles a été diffusé le 13, le 24 et le 25 avril dernier, sur la ZAD, au café de la Pente à Rochefort et au cinéma Le Concorde à Nantes lors de deux soirées projections-débats, mouvementées, chaudes et pleine de perspectives.

La Voix du Vent retrace l’itinéraire de ces deux amis : 21 jours de voyage poétique au cœur d’initiatives permacoles et politiques, à travers la préservation de semences et de recherche d’autonomie en Espagne. 
Ces trois rendez-vous avaient pour objectifs d’évoquer la permaculture, et plus largement, les initiatives alternatives ;des préoccupations qui rejoignent totalement le but que poursuivent Ingalan et l’EcoRéseau du Pays nantais dans leurs objets et revendications quotidiennes.
La Voix du Vent, par sa dimension politico-poétique, a pu porter notre réflexion, en rassemblant des publics très différents autour d’un thème tant rassembleur que d’actualité : la transformation sociétale à travers la réappropriation des terres, l’évolution des modes de production vivrière, de notre rapport à l’environnement, et des modes d’organisations sociales.
Elles nous ont donc permis de réfléchir ensemble, en collectif, aux alternatives autogérées ayant pour base la permaculture, de Barcelone la capitale catalane à Grenade.

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Le financement participatif :

Fidéle à ses valeurs, ce film a été autofinancé par le biais de la plateforme Ulule, une plate-forme de financement participatif permettant une auto-production et une auto-diffusion indépendante exempte de tout contrôle de censure. 
Si ce film a pu voir le jour, c’est donc grâce au soutien et à l’adhésion des réseaux, des deux côtés des Pyrénées. 
Ce mode de financement participatif illustre parfaitement "cet autre monde possible et en marche" que nous décrivent son réalisateur, Carlos Pons et Jean-Luc Daneyrolles, un "gardien de la biodiversité" en PACA.

L’EPOPEE :

  • Le 13 avril, projection sur la Zad, durant le rassemblement "Sème Ta Zad", à la Wardine. Un débat a eu lieu par la suite autour de la protection de la biodiversité à travers la conservation de semences paysannes, avec Jean-Luc Daneyrolles - dont la venue n’était pas programmée -, Christophe, un chercheur en graines OGM au CNRS,expert alarmiste sur les dérives de l’utilisation expansive d’OGM, par les politiques de marché, et Florent Mercier, maraîcher en biodynamie et membre du Réseau Semences Paysannes à Bouchemaine (49).  
  • Le 24 avril, Projection au café de la Pente à Rochefort en terre (56). Une quinzaine de personnes étaient présentes et les échanges ont eu lieu "inter-individuellement" dans la convivialité.
  • Le 25 avril, Projection au cinéma indépendant du Concorde à Nantes dans un quartier populaire de l’ouest nantais. 90 personnes ont répondu présentes malgré le soleil printanier tant attendu. Les plus lézards ayant préféré lézardé que de s’enfermer dans une salle de cinéma... les paresseux..

LE DEBAT : 

Cet « autre monde possible » pour lequel les Zapatistes nous invitent à « nous mettre en marche » a été le fil conducteur de ces quelques jours.
La projection nantaise de La voix du Vent, en plus d’être l’occasion de créer du lien, a suscité un débat riche de réflexions, d’interrogations, d’envies et d’espoirs aussi. 
Que serait notre adhésion à un projet de vie sociale sans notre participation ?  
A l’issue de la projection au Concorde, l’échange a été animé par Alain Gallerand ("C’est pas la faim des haricots"), paysan-maraîcher, créateur de biodiversité et représentant de Kokopelli dans le grand ouest, et Sarra Hammami de l’EcoRéseau du Pays Nantais, une structure participant au mouvement des Coopératives Intégrales.
Vivant et riche de sens et de graines d’idées autogestionnaires, le débat s’est articulé naturellement sur 3 thèmes :

- La diffusion des films indépendants et les visas d’exploitation.
- La réalité semencière aujourd’hui  : Labels bio, indépendants ou non, la nécessité de la qualité de l’alimentation et de la « permaculture » et de l’agro-écologie aujourd’hui. le changement se fera par l’alimentation.
- Les modes d’organisation autogérés, et de coopératives intégrales.  

Dans ce débat apparaissent clairement les questions de fond liées aux questions de gouvernances : on dénonce les lobbyings lobbyistes, les acteurs inévitables des inégalités, inévitables dès que l’on parle de la lutte contre l’accaparement des terres.
Lorsque l’on évoque la « souveraineté » alimentaire et la nécessité de se battre pour la conserver, Alain Gallerand, tenant le micro, nous explique que l’expression "souveraineté alimentaire" a été utilisée par les industriels et les gouvernements pour répandre l’actuel mode de production alimentaire durant la "révolution verte". Il parle donc plutôt "d’autosuffisance alimentaire".
On évoque alors la crise alimentaire à laquelle l’humanité est promise. Quand on pense que sur les 20000 espèces anciennes de blés, on n’en recense, aujourd’hui, plus que 250 et que 8 seulement sont plus généralement utilisées. La perte des variétés et de la biodiversité est vertigineuse... Quand on pense que les lobbies industriels des semences et de la pharmacie — ces "nécro-semenciers" comme les appelle Alain Gallerand — récupèrent et brevettent en ce moment même la biodiversité, faisant d’un bien commun de l’humanité, le vivant, un bien privé, une marchandise...Désobéir aux lois pour que 80% des espèces ne disparaissent pas, maintenir une certaine "clandestinité" doublée d’une omniprésence physique, ne pas rechercher "d’assentiment par labellisation récupérée" sont autant de moyens de contribuer à cette lutte bien vivante pour la défense de l’humus et des semences, pour "l’autosuffisance alimentaire" et plus largement, pour la satisfaction de nos besoins basiques.
Alain Gallerand fait écho au film et administre une piqûre de rappel au public : Les semenciers industriels et leurs lobbies ont assez de poids auprès des gouvernements pourinterdir aux paysans de resemer leurs propres graines, des graines anciennes, paysannes, d’année en année, au profit des hybrides F1. Ces derniers, très performants la première année sont malheureusement dégénérescents au fur et à mesure des années. De plus, ce circuit de "création de semences F1" pousse et incite par propagande, à l’utilisation d’engrais, insecticides et herbicides que ces mêmes industries produisent. Cela abouti une véritable chasse des semenciers gardienNEs/créateurices de biodiversité au nom de la "défense sanitaire". 
Encore aujourd’hui, cette lutte est bien vivante !

Il s’agit donc de penser la régénération des sols et non seulement la surface, notre régénération sociale et non, nos apparences et notre superficialité. Il s’agit de dénoncer la transformation chimique de notre environnement, contre notre santé et de lutter contre sa pérennité à travers la mise en place de semences stériles. Il s’agit de penser l’agriculture, en harmonie avec notre planète. "D’écrire sur la terre avec nos jardins’’

Ces principes d’auto, d’autonomie, de responsabilité individuelle, de pouvoir individuel se retrouvent également, en miroir de l’organisation agriculturelle, dans l’organisation sociale humaine des coopératives intégrales catalanes ou des éco-réseau, petits frères de la grande sœur.
Si dans l’échange nous sommes tous capables d’évaluer nos besoins sans les sur-valoriser ou les sur-produire, alors nous sommes dans une sorte de suffisance de l’échange nous permettant d’être insubordonné-e-s, libres et solidaires et de rentrer dans cette auto-gestion consciente nécessaire pour arriver à une autonomie auto-suffisance.

En effet l’organisation de la production agricole en permaculture rentre en résonance avec l’organisation sociale autogérée et horizontale, que prônent, dans la pratique, les mouvements du 15-M (les Indignados) et celui des Coopératives Intégrales, tous deux présents dans le film. "La Voix du Vent" montre à son public que nous sommes nombreuses et nombreux à vouloir la même chose et que de plus en plus font mouvement.
Le message est assez clair pour toucher le public présent : nous sommes capables de déterminer ensemble quels sont nos vrais besoins dans un soucis de soutenabilité humaine et écologique. Notre "suffisance de l’échange" permet et encourage notre liberté. Le lien, la solidarité, la connaissance personnelle et la recherche de l’autonomie collective sont les fondements d’une auto-gestion consciente, nécessaire pour parvenir à construire une/de nouvelle(s) société(s), juste(s) socialement et écologiquement. 

Le lien entre préservation de la biodiversité et transformation sociale se fait donc tout naturellement au gré des toutes ces interractions, telle le veut ’La Permaculture ».

POUR ALLER PLUS LOIN, si vous voulez semez, quelques définitudes

L’agro-écologie et la biodynamie, ça vient d’où :
Les principes de l’agro-écologie ou de l’agriculture biodynamique reposent sur un principe très simple d’harmonie entre les éléments qui constituent la planète, inspiré dès 1924 par un prénommé, non moins illustre, Rudolf Steiner.
Fondateur de L’anthroposophie, mouvement de pensée philosophique (de racione théologique) lié à la création de l’école de La science des libres esprits et de l’eurythmie, la science du mouvement. Il influença à l’origine ce que l’on nommera l’agriculture biodynamique. A l’origine, cette pensée se veut considérer une ferme comme un organisme vivant, diversifié (favorisant la biodiversité) et le plus autonome possible (le moins d’intrants -importation- et de sortants -exportation- possible).
La biodynamie s’attache donc tout particulièrement au fonctionnement biologique des sols et des végétaux, afin de soutenir un bon processus végétatif et de limiter le développement des parasites. Elle recherche avant tout l’amélioration de la qualité des produits.
C’est l’emploi de ces préparations reposant sur des principes ésotériques, et la prise en considération des rythmes lunaires et planétaires, qui différencient principalement l’agriculture biologique et l’agriculture biodynamique. Renouvelant le regard porté sur la nature, sur l’activité agricole et sur l’alimentation humaine, les conférences de Rudolf Steiner contiennent à la fois les principes philosophiques de la méthode et des éléments pratiques. À cette époque, l’agriculture industrielle était remise en cause, en particulier l’utilisation de plus en plus généralisée d’engrais chimiques et de produits phytosanitaires qui contribuaient à détruire la vie des sols par la toxicité de ces produits sur la faune et la flore environnante : élimination d’insectes utiles, élimination des oiseaux, des petits mammifères, contamination des nappes phréatiques, etc.
Dès 1927, il crée le mensuel Demeter, à l’origine du label indépendant certifié bio allemand : Demeter qui utilise aujourd’hui une méthode particulière pour tester ses graines : la cristallisation sensible, elle aussi à issue de cette conception de notre mode de vie sur la planète.

La permaculture, l’harmonie de tout en tant que telle, est un concept développé dans les années 70 par deux australiens : Bill Mollison et David Holmgren. Il signifie une rencontre dans l’harmonie, des différents savoir-faire et des différents éléments composant la culture de la nature et la vie sociale des hommes (habitats, transports, énergies, échanges...), des quatre coins du monde, dans un soucis de soutenabilité humaine et écologique. On prend soin des humains, de la terre et on partage équitablement les ressources.
Comme système, elle s’applique donc à la production vivrière comme aux relations humaines, en promouvant des systèmes d’organisation interconnectés, résilients, et productifs. On s’inspire du fonctionnement de la nature et on l’aide à travailler au mieux, proscrivant tout labour et évitant les efforts afin de favoriser les interractions positives. Que demande le peuple ! Une question de bon sens. 

Le mouvement des Coopératives Intégrales, c’est quoi :
Une Coopérative Intégrale est une structure autogérée dont le but est de permettre à touTEs ses membres de sortir du système capitaliste en travaillant collectivement à couvrir les besoins basiques de touTEs.
La démocratie s’y exprime de façon assembléaire, tout le monde peut s’investir dans le fonctionnement global et/ou local et/ou dans un projet précis. On part des constats tels que ceux soulevés dans le mouvement du 15M, et l’on crée depuis la base, des réponses aux problématiques évoquées. Souvent des initiatives plus anciennes existent sur des thèmes ciblés qui ont déjà fait leurs preuves ; il s’agit alors d’inviter des groupes existants à participer à la CI (entendre Coopérative Intégrale) pour les approfondir / compléter / reproduire ou juste de s’en inspirer (par l’autonomie) .
On parle d’une coopérative mais il s’agit en fait de la conjonction de quatres structures principales : une coopérative de production, une coopérative d’habitation, une coopérative de financement, une coopérative de consommation. Certaines ont une forme officielle et font donc le lien avec le système capitaliste pour protéger les participantEs, limiter l’impact du contrôle social et diminuer les coûts ou autres contraintes administratives en les mutualisant ; d’autres sont informelles au sens de l’administration espagnole.

La première Coopérative Intégrale est née en Catalogne, il y a trois ans, et se substitue peu à peu à l’Etat. Créée à l’initiative des mouvements sociaux catalans, elle touche à présent plus de 15000 personnes organisées sur différents niveaux territoriaux, du plus local au plus global au travers : 

  • Des Noyaux Locaux d’Autogestion" —> rue/quartier/hameau/village
  • Des EcoRéseaux —> villes/groupement de communes, des bassins de vie un peu plus larges,
  • De la Coopérative Intégrale —> région 

La Coopérative Intégrale c’est aussi des outils de transition mis à la portée des groupes existants ou en devenir tels que des monnaies alternatives (en aucun cas complémentaires puisqu’elles visent à ne plus avoir recours à l’argent du tout en favorisant la confiance), des plateformes informatiques, la mise en commun des moyens humains (savoirs, idées, matériels...) et financiers (euros et monnaies alternatives), l’ouverture de différents lieux aux destinations variées (centres de santé, d’éducation, lieu d’activité visant à pourvoir aux besoins de participantEs à différentes échelles...)
Véritable parapluie juridique pour les initiatives existantes qui se rattachent à elle et celle qui naissent en son sein, cette structure n’est ni plus ni moins que l’application directe du changement voulu par ses membres. 

Et ça marche !

La Coopérative Intégrale Catalane permet à ce jour l’accès à une médecine holistique non marchande, à une éducation libre, à un parc de logements sociaux complètement alternatif, et bien sûr à une alimentation locale et saine. 
Elle facilite aussi la communication des idées et initiatives entreprises en autogestion (plusieurs publications gratuites imprimées et diffusées à grande échelle ont été créées et autofinancées), les actions de désobéissance civile comme la campagne de désobéissance économique, et vient en prolongement des réflexions sur le mode de vie dominant en créant de nouvelles formes sur des questions telles que le travail salarié, la propriété privée... Le tout en complète autonomie financière.

En Bretagne, deux EcoRéseaux se sont montés dans l’idée de créer des bases pour fonder une Coopérative Intégrale Bretonne collant aux spécificités régionales et interconnectée avec toutes les autres CI existantes et autres initiatives partout dans le monde. Des outils de base (la monnaie sociale et la plateforme d’échanges de services/biens qu’est le Community Exchange System) sont donc à disposition des groupes existants souhaitant avancer sur une voie similaire à celle de nos camarades catalanEs. 

Avis aux amateurs pour les prochaines rencontres sans frontières des Coopératives Intégrales. 

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