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À l'écoute des amers Indiens

mercredi 5 mars 2014, par Ingalañ Auray


A peine débarqué à Auray, Gurvan Nicol se dit déjà prêt à retourner au Chili soutenir la cause des Indiens Mapuche. (Photo G.R.)

Terroristes pour une bonne partie du gouvernement chilien, peuple persécuté et spolié pour les observateurs extérieurs, les Indiens Mapuches disparaissent, décennie après décennie, dans l’indifférence absolue. Gurvan Nicol, un Alréen, témoigne de leur combat silencieux.

Il vient d’atterrir, la tête encore un peu là-bas. De retour à Auray, et à présent accompagné de Jean-Yves Le Mouillour, autre membre de l’association Ingalañ Bro an Alre, il raconte la cause des Mapuches, ces Amérindiens du Chili privés de leurs terres, pliant sous le joug d’un gouvernement qui les considère comme la lie de la société. « Il m’a fallu un petit moment avant d’être accepté. Ils savaient pourquoi j’étais là mais ils ne m’adressaient pas la parole. Peu à peu, ils ont vu que je ne venais pas faire du tourisme... ». Gurvan Nicol a passé près de deux mois à leurs côtés, avec, en toile de fond, l’élection présidentielle. « Pour la première fois, les deux candidates - Michelle Bachelet et Evelyn Matthei - ont été obligées d’évoquer le sujet des Mapuches devant la presse. C’était déjà une petite victoire ».

Les Mapuches ne sont plus seuls

Car jusque-là, le sort de ce peuple, l’un des huit du Chili, était passé sous silence. Les choses changent. Lentement. Et en grande partie grâce aux intervenants extérieurs. Des ONG internationales ont pris fait et cause pour les Mapuches tout comme l’association bretonne Ingalañ. Un « pôle amérindien » a d’abord été lancé, en 2010, avec pour vocation d’« aider ces peuples à exister et à résister ». Le pont a ensuite été lancé au-dessus de l’Atlantique. Jusqu’aux rencontres avec les Mapuches, qui sont venus témoigner en Bretagne. Patricio Rivera Millapan, président de l’association culturelle franco-chilienne Pueblo Mapuche, plaidait encore, au mois de décembre, pour faire savoir qu’une trentaine des siens étaient toujours emprisonnés. « Leur crime ? C’est de ne pas avoir cédé face au gouvernement et aux entreprises qui voulaient s’approprier leurs terres ».

Si plusieurs Mapuches ont finalement été acquittés - « après une période allant de six mois à deux ans d’emprisonnement » -, les procès se succèdent encore au Chili. Pour témoigner, Gurvan Nicol s’est donc rendu sur place, au mois de décembre dernier. Il a participé à plusieurs marches de protestation... qui se terminaient souvent de manière pour le moins abrupte. « J’ai pris un coup de matraque dans le dos lors d’une marche de solidarité. La police avait chargé... Mais ce n’est rien par rapport à ce que certains ont ramassé ». Gurvan a également assisté à plusieurs procès. « Notamment celui de Daniel Melinao, accusé du meurtre d’un policier. C’était un procès sous tension, où transpirait un fond de racisme de la société chilienne. L’homme a finalement été acquitté ».

Pas vraiment en voyage touristique, Gurvan Nicol a ensuite passé les portes des pénitenciers chiliens. « J’ai pu discuter avec Celestino Cordona, accusé du meurtre de propriétaires terriens. J’ai vu quelqu’un qui était dans une grande souffrance ». Des visites tout sauf inutiles. « Cela permet aux prisonniers de savoir qu’ils ne sont pas seuls. On fait le lien avec leur famille. Et puis, l’administration a tendance à lever le pied quand des observateurs sont présents. »

Manu Chao s’en mêle sur scène

Le travail de l’ombre des observateurs a reçu un coup de projecteur. « Manu Chao, lors de sa tournée là-bas, avait décidé de s’investir pour une cause à chacune de ses étapes. On se connaît un peu - Manu Chao a été la tête d’affiche du festival Mamm Douar, organisé à Saint-Nolff (56), et dont Gurvan est l’une des chevilles ouvrières - et on s’est rencontré à Santiaga et Temuco. Dans cette dernière ville, Manu a provoqué des interventions sur scène en laissant la parole à deux groupes de Mapuches ».

L’Alréen, à peine débarqué, se dit déjà prêt à y retourner. « J’ai découvert des gens extraordinaires, qui vivent dans des conditions inhumaines. Leur territoire est surveillé par des drones, avec l’armée qui campe autour. Et eux, luttent avec des bâtons contre des camions blindés. Même s’ils ne représentent que 10 % de la population, ils sont là depuis toujours. Et j’espère qu’ils seront encore là longtemps ».

Voir en ligne : Télégramme 05 mars 2014

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