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Pôle Amérindien

Une grève de la faim silencieuse au Chili

dimanche 19 septembre 2010, par Ingalañ Auray

Dans les prisons du Chili, 34 personnes achèvent leur second mois de grève de la faim dans la quasi-indifférence générale. Le Pôle amérindien d’Auray lance un appel de détresse.

À l’initiative d’Ingalañ bro an Alré, un « Pôle amérindien » a vu le jour à Auray. Jean-Yves Le Mouillour est en contact avec Patricio Valera, écrivain Mapuche.

Que se passe-t-il au Chili ?
Patricio Valera : 109 Mapuches sont emprisonnés parce qu’ils ont refusé qu’on leur vole leurs terres. Leur seul crime est de ne pas avoir cédé face au gouvernement et aux entreprises qui voulaient s’approprier leurs terres. Depuis 65 jours, 34 de ces prisonniers politiques, dispersés dans cinq prisons du Chili, sont entrés en grève de la faim. Ils se battent avec leurs familles pour ne pas sombrer dans l’oubli et le silence.

Dans quel état de santé se trouvent-ils actuellement ?
Patricio Valera : Nous sommes en contact chaque jour avec leurs familles. Leur état se dégrade de plus en plus vite. Depuis quelques jours, ils sont passés à la « grève sèche », sans eau. Cinq d’entre eux sont hospitalisés dans un état critique. Jean-Yves Le Mouillour : On sait que personne n’est allé au-delà de 77 jours de grève de la faim. C’est terrible : ils sont en train de mourir dans un silence total.

Comment se peut-il qu’une grève de la faim de plus de deux mois n’alerte pas l’opinion mondiale ?
Patricio Valera : Le gouvernement a ignoré leur grève depuis le début. Les médias chiliens aussi. Et l’attention du monde est fixée sur les mineurs coincés dans la mine. L’un d’eux vient d’ailleurs de se déclarer solidaire des grévistes. Mais les choses ont cependant récemment évolué : des députés ont protesté et, depuis mercredi, 43 religieux sont également entrés en grève de la faim dans le pays. La mobilisation prend de l’ampleur, mais il faut le faire savoir en dehors du Chili. Jean-Yves Le Mouillour : Ingalan s’est associé à France et Liberté et au collectif de soutien au peuple Mapuche afin de demander à la Région Bretagne d’alerter le ministère des Affaires étrangères pour qu’il intervienne.

Pour quelles raisons le gouvernement les considère-t-il comme terroristes ?
Patricio Valera : Pour tous les gouvernements du Chili, de droite ou de gauche, les Mapuches ont toujours représenté des rebelles en puissance, des terroristes qu’il fallait maintenir dans la soumission par la répression. Une loi antiterroriste, la loi 18-134, est employée pour éteindre les mouvements sociaux de mon peuple. Les accusés se trouvent judiciairement dépourvus de tous les moyens de défense. Avec cette loi, les autorités peuvent passer par-dessus la présomption de culpabilité et ordonner des détentions arbitraires. Pour de simples suspicions, des hommes sont emprisonnés depuis des mois. Le gouvernement veut faire croire que les FARC (forces armées révolutionnaires de Colombie) ont armé les Mapuches. C’est faux ! Nous n’avons pas d’armes.

Comment en est-on arrivé là ?
Patricio Valera : Les Mapuches occupent aujourd’hui moins de 5.000km² du Chili, c’est-à-dire 5% de leur territoire d’origine. Ils font partie de la classe la moins riche de la société chilienne. Durant l’ère Pinochet, toutes les terres des Mapuches ont été privatisées et vendues à de riches propriétaires terriens et à des étrangers.

* Propos recueillis par Gwen Rastoll

Voir en ligne : Télégramme 19 septembre 2010

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